Élections: sur le montage du film

 

Plus je monte le film sur les élections, plus je découvre ce que peut être le sentiment de la démocratie. Comme toujours, c'est dans les coulisses et l'interstices des relations que se joue l'image et ce qu'elle a de plus intéressant.

Alors que le spectacle de l'avant scène est des plus affligeant, ces notables qui se croient intéressants et qui ignorent pour la plus part tout de ce qui est en train de se jouer, ce sont ces hommes et ces femmes de l'ombre qui donnent tout son sens au vote, à l'expression populaire, à la démocratie. Ce ne sont pas des gens de rien parce qu'au contraire ils sont le tout, mais ce ne sont qui s'étonnent qu'on les filme, qui s'excusent de suer parce qu'ils s'activent depuis 3 heures du matin et ont chargé bientôt une tonne de matériel, ceux qui vous disent qu'ils ne font que leur travail, ni plus ni moins que les autres et ne comprennent pas pourquoi ils devraient être mis en avant.

Si cela ne sonnait pas si stupidement romantique, je dirais que c'est le peuple, tout simplement, mais ça sonne trop romantique. Ce sont des hommes et des femmes qui parce qu'ils saisissent l'importance du contrat social, parce qu'ils pensent qu'ils ne peuvent pas changer le monde seul et que le meilleur équilibre est dans la division des tâches, parce qu'ils ne cherchent à savoir comment leur action sera perçu mais se contentent de la faire, d'agir, ancrés dans le présent et construisant l'avenir, ce sont eux qui remarquent les erreurs dans les résultats du vote, d'un regard impartial, implacable, parce que la justice et l'honnêteté doit s'appliquer coûte que coûte ou bien leur tâche même perd tout son sens.

Plus je monte le film plus j'ai l'impression d'une force sourde et puissante vers qui jamais les caméras ne se tournent, alors que la réalité est bien là pourtant.

Ainsi, malgré lui, ce cantonnier devient “La Liberté guidant le peuple", sans aucune mise en scène, sans même personne pour le voir, pour le remarquer, pour y prêter attention. C'est cela que je veux montrer dans ce film.
Ce ne sont pas des révolutionnaires et pourtant, entravez-les et le monde ne tourne plus... différence avec l'utopie: ceux qui rêvent d'un autre monde et ceux qui le font... un film qui ne montre rien d'extraordinaire, que la banalité d'une action bien faite, d'une routine, d'un vote et d'une élection sans anicroche, sans tricherie, sans fraude, mais n'est-ce justement pas cela le plus extraordinaire?

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