2Fik à propos de ses séries photos

Le travail de 2Fik porte sur la question de l'indentité, le genre, le multiculturalisme. Dit comme ça, ça sonne un peu pompeux et pourtant son œuvre, ne l'est pas, bien au contraire. Qui suis-je? où suis-je? à qui resemble-je? ces questions métaphysiques prennent une saveur particulière et beaucoup plus pressante, voire angoissante lorsqu'on attend le bus à l'autre bout du monde, dans un pays à la culture différente, aux mœurs différentes, aux déterminations différentes. Mais non pas du point de vue de l'ethnographe, non mais bien de moi, de soi, de la nécessité de se qualifier, de se penser soi-même pour pouvoir franchir à nouveau les frontières de notre être et retourner dans le monde pour accomplir des gestes aussi simples que ceux de marcher dans la rue sans se heurter aux autres ou aux choses, prendre le bus. L'œuvre de 2Fik porte justement sur cet ajustement de soi, de nous, à nous-mêmes et au monde, à notre environnement, à notre manière de l'ameubler d'y faire de la place pour les autres et pour les choses, et donc, en définitive, nous mêmes.

À travers une galerie de personnages qu'il habite et incarne dans des compositions photographiques et des performances, 2Fik, questionne ces différentes manières de s'accommoder de soi, des autres et du mondes. Dans sa seconde série, il investit l'histoire de l'art de son propre regard lui-même mis en perspective par ses caractères, non pas pour les légitimer ou se donner une posture, non, mais bien pour ramener dans le concret de notre quotidien des œuvres que la muséographie tend à garder dans le passé. Le carcan de la composition classique éclate pour laisser à nouveau place à la vivacité de la situation pour comprendre que si ces œuvres sont belles c'est bien parce que le monde l'est et l'artiste est là non pas pour nous le rappeler mais pour nous le faire voir.

Faire voir, c'est bien ce que fait 2Fik dans son travail. Il nous ouvre les yeux sur ces questions aussi cruciales qu'intimes, au plus profond de nous, avec un regard neuf et vivifiant. Nous nous prenons de tendresse pour ces joueurs sur le parquet, clin d'œil au raboteurs de Caillebotte avant de remarquer la situation même de la scène.

Une œuvre à voir et à regarder. L'exposition au centre d'art The Invisible Dog à Brooklyn en était une occasion. Il y en aura d'autres. Ne les manquez pas.

http://www.2fikornot2fik.com/
http://theinvisibledog.org/

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